Voici comment Londres sonne aux petites heures du matin. C’est fascinant. Les bruits de la ville font place à ces centaines d’oiseaux invisibles dont les chants semblent être amplifiés par le plafond bas de la grisaille anglaise. À 4h du matin, lorsque les autos et les bus se sont retirés des quartiers plus tranquilles et que l’on peut marcher en plein milieu des rues, l’effet est assez fantastique. Ça donne l’impression de se promener dans une gigantesque volière, un biodôme artificiel construit sur une ville fantôme. Et comme bande sonore de retour à la maison après une longue nuit, c’est pas mal mieux que les cris des futures gueules de bois…
Ça me fait penser à ce petit extrait du poème “Piedra de sol” d’Octavio Paz :
“…verde soberanía sin ocaso
como el deslumbramiento de las alas
cuando se abren en mitad del cielo,
un caminar entre las espesuras
de los días futuros y el aciago
fulgor de la desdicha como un ave
petrificando el bosque con su canto
y las felicidades inminentes
entre las ramas que se desvanecen,
horas de luz que pican ya los pájaros…”
Selon mon espagnol médiocre on lirait: “tel un oiseau pétrifiant la forêt de par son chant”. L’immobilité de la ville est amplifiée à un point tel par la “furie” des chants venant tromper la logique du silence que l’environement complet en reste pétrifié; même le temps semble s’arrêter, surpris, les deux pieds dans le ciment.
